L’archéologie, qu’est-ce ?

L'archéologie au XIXe siècle

L'histoire de l'art (dans l'architecture) et l'archéologie

L’archéologie de fouilles, une discipline de la seconde moitié du XXe siècle opposée par ses auteurs à l’« histoire de l’art dans l’architecture »

L’archéologie professionnelle : la naissance d’un métier de « fouilleur »

L’archéologie du bâti : où l’on se retrouve, en définitive ?

La SFA : une société ouverte à tous, pour l’archéologie, l’histoire de l’architecture, l’histoire de l’art

 

 

Depuis 1834, date de fondation de la Société, le terme d’archéologie a beaucoup évolué. On peut tenter de faire une brève rétrospective.

 

L’archéologie au XIXe siècle

Pour les pères fondateurs de la SFA, l’archéologie était, tout simplement, l’étude de tout ce qui était ancien ; ceci comprenait l’étude et la fouille des sites gallo-romains, très à l’honneur au siècle précédent. Mais ceci comprenait aussi une nouvelle composante : celle des monuments délaissés par le XVIIIe siècle, traités de « gothiques », en un mot les monuments du Moyen Âge. Lenoir, durant la Révolution, contribua beaucoup à ce mouvement ; Arcisse de Caumont s’en nourrit pour animer la Société Française d’Archéologie à partir de 1834.

 

La naissance de la SFA fut à peu près contemporaine de celle de la Commission Supérieure des Monuments Historiques ; l’époque était particulièrement propice à la naissance de nouveaux courants. La connaissance, l’étude et la conservation des Monuments Historiques était à l’honneur, à la SFA ; dès cette époque, Arcisse de Caumont se situait sur l’arène de l’étude et de la conservation, privilégiant celles-ci par rapport à la restauration, à qui Eugène Viollet-Le-Duc donna certaines lettres de noblesse. Peu ou prou, archéologie en vint, dans le titre de la SFA, à signifier « inventaire, étude et analyse des monuments du Moyen Âge ». Parfois, à l’occasion des grands chantiers de restauration, la SFA prenait parti : en général, c’était d’ailleurs contre celle-ci, source de modification des monuments et de leur réalité tangible.

 

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L’histoire de l’art (dans l’architecture) et l’archéologie

Durant toute la première moitié du XXe siècle, la SFA s’affirma dans un domaine privilégié : l’étude et l’analyse des monuments datant essentiellement du Moyen Âge, dans le but de connaître de mieux en mieux ces monuments, en particulier à l’occasion de restaurations menées par les architectes des Monuments Historiques. Ceux-ci furent d’ailleurs de grands pourvoyeurs de plans et d’études monumentales, en particulier lors des Congrès archéologiques annuels.

 

L’analyse systématique des monuments en cours de conservation ou de restauration portait, en grande part, sur le patrimoine religieux ; ainsi naquit la discipline qu’on pourrait appeler « l’histoire de l’art dans l’architecture », analysant savamment chapiteaux, profils d’ogives, plans de collégiales, d’abbatiales, etc.

 

L’archéologie était encore, durant cette première moitié du XXe siècle, considérée comme une discipline très ouverte, traitant aussi bien de la fouille de monuments antiques, ou de l’étude de monuments médiévaux ; l’idée de fouiller des sites médiévaux ne venait alors pas à l’esprit. On les étudiait dans leurs élévations, on les classait (ou non), on les restaurait ; mais on n’en fouillait pas le sol.

 

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L’archéologie de fouilles, une discipline de la seconde moitié du XXe siècle opposée par ses auteurs à l’« histoire de l’art dans l’architecture »

Alors que la Société Française d’Archéologie s’affirmait dans l’étude de l’architecture et de son décor, naquit dans les années 1950-1960 une nouvelle école de pensée, animée par Michel de Boüard : il s’agissait de l’utilisation des techniques acquises dans l’archéologie préhistorique au bénéfice des sites médiévaux, idée révolutionnaire en soi. Michel de Boüard imposa l’idée qu’un site médiéval n’existe pas seulement dans son élévation ; au contraire, l’essentiel de son histoire peut se révéler par la fouille stratigraphique.

 

La tentation était grande, dès lors, d’affirmer cette nouvelle discipline sur des sites non monumentaux ; Michel de Boüard concentra ses efforts, ceux de ses étudiants futurs professeurs, sur la problématique de sites où n’existait plus aucun vestige en élévation. Plus exactement, l’attention était portée sur la partie non monumentale des sites, l’élévation n’étant considérée que comme un succédané, laissé aux « historiens de l’art ».

 

Malheureusement, les tendances naturellement clivantes de la société française, et plus spécifiquement de l’Université, ont conduit, dans les années 1970-80, à une véritable rupture en l’ « archéologie » traditionnelle, représentée par la SFA, et l’archéologie « moderne » introduite par l’école de Michel de Boüard.

 

Cette tendance ne s’est guère atténuée depuis : en effet, est apparue l’ « archéologie professionnelle ».

 

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L’archéologie professionnelle : la naissance d’un métier de « fouilleur »

Les années 1970-1980 ont été des années d’expansion extraordinaire pour les infrastructures de transport et l’urbanisation ; l’archéologie préventive fit son apparition, à l’occasion de grands chantiers d’autoroutes, de construction de grands ensembles urbains, etc. Dès lors, la thèse de Michel de Boüard était d’évidence, la seule valable : ces chantiers exhumaient nécessairement des sites non monumentaux, car ils évitaient, en général, les sites monumentaux classés ou inscrits.

 

On fouilla donc, on fouille encore, et c’est bien, car ceci nous apprend, à l’occasion de découvertes fortuites, ce que furent les structures de vie d’autrefois. Un métier est né, à cette occasion : celui d’archéologue de fouille professionnel. Les évolutions, à ce sujet, ne sont pas encore à leur terme : l’archéologie préventive doit-elle être l’objet d’un monopole ? Vaste débat.

 

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L’archéologie du bâti : où l’on se retrouve, en définitive ?

Les années postérieures à 1990 ont été l’occasion d’une nouvelle évolution : en effet, les services publics consacrés à l’archéologie de fouille se sont rendu compte du fait que les chantiers de restauration ou de réhabilitation de monuments anciens pouvaient altérer des structures existantes, et, à tout le moins, que l’intervention de chantiers sur ces structures pouvaient justifier une intervention de professionnels. La tendance de fond existait par ailleurs : les universitaires s’intéressaient à des investigations sur les élévations monumentales. Relevés pierre à pierre, étude détaillée desmaçonneries, des mortiers, sont autant d’axes actuels du développement de l’ « archéologie du bâti ».

 

Il est amusant de constater, dans cette évolution, que cette « archéologie du bâti » est exactement… le créneau de la SFA depuis l’origine. Sans doute les mots ne sont-ils pas exactement les mêmes ; sans doute les acteurs non plus. Mais la Société Française d’Archéologie mène, depuis sa création, un combat d’idée constant, autour du seul thème : « le monument doit être étudié, par tous moyens possibles ».

 

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La SFA : une société ouverte à tous, pour l’archéologie, l’histoire de l’architecture, l’histoire de l’art

On se retrouve, en définitive ? Peut-être, peut-être pas. Mais la SFA a l’immense mérite d’ouvrir ses pages, ses publications, à tous ceux qui veulent parler de leurs recherches sur les sites et les monuments.

 

Le Comité de publication de la SFA reçoit toutes les propositions d’articles, et les traite en fonction de leur intérêt scientifique, sans aucune arrière-pensée : le but premier des publications est d’ouvrir la voie à une meilleure connaissance des sites, que celle-ci résulte de la fouille, de l’archéologie du bâti, de l’histoire de l’art ou du dépouillement des sources.

 

La SFA s’est ouverte à de nombreuses contributions, qui dépassent largement le cadre primitif du Moyen Âge, ou l’objet prioritaire de l’architecture religieuse. Les articles du Bulletin, la bibliographie de cette publication, le prouvent. Nous pensons, à la SFA, que l’archéologie est une discipline fédérative.

 

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